Torchwood Blues

By Lady Vany

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Comme beaucoup d’autres, une fois “échappée belle” de ma journée de galère au boulot, tout ce que je souhaite c’est me détendre et sourire. Mais la nuit tombée, n’étant guère friande des niaiseries Secret-Storiennes et autres Julie-Lescauteries (ou de son jambon fadasse) j’enfile mon pyjama avec les pingouins dessus, m’arme de glaces à l’orange et termine finalement devant la boite à fictions pour re-déconner avec mes voisins de Friends ou me délecter des réparties acides de Greg House.
Alors quand W*, à la recherche d’un(e) cobaye comme je l’ai appris plus tard, m’a fait l’éloge de la série Torchwood, je n’ai pas été franchement convaincue. Non, vraiment… les histoires de grosses bêbêtes venues d’ailleurs, les vaisseaux kitsch en carton-pâte et la téléportation, très peu pour moi !

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Pourtant, l’animal étant péniblement tenace persuasif  je me suis laissée finalement convaincre et, à ma grande surprise et dès les premières minutes de l’épisode pilote, j’avais émigré à Cardifftotalement captivée, et plus rien de ce qui se passait autour de moi ne semblait m’atteindre.
Honnètement, sans doute trop abreuvée par certains stéréotypes récurrents liés au genre Science Fiction ou Fantastique, je n’aurais jamais imaginé que pareille série puisse refléter à ce point notre société, ses troubles, ses travers ainsi que la complexité -aussi merveilleuse que lâche et perfide parfois- de la nature humaine. Car dans Torchwood, les diverses créatures ou technologies extraterrestres -toutes plus inhabituelles les unes que les autres- et les balades dans le temps ou les univers parallèles ne sont qu’un contexte, un emballage, une toile de fond et, sous des dehors vraisemblablement propres à satisfaire n’importe quel fan du genre et adaptés à une série d’action, se diffuse immédiatement la force d’une réalité tangible qui ne peut laisser indifférent.

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Comment ne pas être révoltée en voyant l’Homme capable de tailler des steaks dans une innoffensive créature plaintive pour son simple profit ?
Comment ne pas être troublée par ce collier magique qui nous permet d’entendre les pensées de notre entourage et nous révèle alors tant d’hypocrisie ?
Comment ne pas être désespérée devant la douleur d’une mère dont le fils avait disparu adolescent et qui le retrouve seulement quelques années plus tard mais sous la forme d’un vieillard monstrueux et souffrant le martyr ?
Toutes ces horreurs demeurant pourtant savamment entremêlées d’humour et d’authentiques… bons sentiments.

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Car, en parallèle, comment ne pas être émue par l’histoire d’amour de Jack et Ianto, traitée sur un mode humoristique mais sans pour autant tomber dans les sempiternels clichés gays ?
Comment ne pas être écroulée de rire devant le ventre arrondie de Gwen le matin même de son mariage qui l’oblige à expliquer à son fiancé qu’elle a été mise enceinte la veille par un extraterrestre ?
Comment ne pas être stupéfaite par le comportement d’Owen qui, ressuscité, se retrouve à faire le tri des affaires, de la nourriture aux produits de soin, qui -en pareille condition- ne lui serviront plus jamais ?

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Tout cela est tellement bon tout en faisant, simultanément, tellement mal
Et ainsi va Torchwood… tout le temps. Un improbable cocktail réunissant des ingrédients à priori non compatibles et qui parviennent pourtant tantôt à se succèder, tantôt à s’entremèler, de manière efficace et variée pour un résultat finalement… unique ! Un objet aussi étrange que ceux croisés en son sein et qui déroule les vingt six épisodes de ses deux premières saisons avec une facilité déconcertante.

Puis est arrivée l’inéluctable saison 3…

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Je pensais avoir fait le tour de la question et craignais le pire mais, malgré l’inhabituel format (cinq épisodes d’une heure) et les deux premières cures pourtant dejà dévastatrices, j’ai tenu à découvrir la suite avant que la fièvre ne retombe. La “montée” sur BBC One de la série (originellement diffusée sur la trois) allait elle calmer les ardeurs de son bouillant créateur Russell T. Davies et adoucir les traits acérés de ses intrigues habituelles ?
“We are coming…” c’était d’accord, mais avec quelles intentions ?
Allait-il niveler un brin son style pour le rendre plus accommodant à son passage à une heure de grande écoute et tomber, à son tour, dans le déjà vu niaiseux ? Et bien, pas le moins du monde et même si la fin est un peu abrupte par rapport à l’idée (géniale) de départ, on est forcé de s’incliner devant le tour de force.
Moi qui exècre par dessus tout les histoires à l’eau de rose et les « happy ends » je fus copieusement servie car Children of Earth, malgré son inégalité dans l’intensité des épisodes, affiche fièrement sa noirceur. Des petits mensonges aux grandes trahisons, nos lachetés et nos peurs sont toutes au rendez vous et la souffrance à l’état pur inonde le chemin. Forte d’une intrigue et d’une interprétation à la hauteur de ses ambitions, Torchwood nous entraine, une fois encore, bien au delà de la faille vers tout ce que l’on nous épargne d’habitude et avec une liberté telle qu’on en arrive souvent à se demander à qui s’adressent vraiment ces histoires. Aux petits ?, aux plus grands ?, aux cartésiens ? aux fantasques ? Tous ensemble ou mieux encore, peut être… à aucun d’entre eux !

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Mais  ne vaudrait-il pas mieux tout ignorer ? Je suis pourtant de celles qui  veulent voir, veulent savoir mais ici sont distillées -avec talent- tant de réalités redoutées que mon souci final est qu’alors que j’aime -habituellement- revoir des épisodes, dans ce cas je ne parviens pas toujours à remuer le couteau dans la plaie. J’en arrive à plaindre Jack de sa prétendue immortalité censée faire rêver. Alors que pouvoir mourir c’est aussi avoir la possibilité de mettre un terme à l’infinie douleur et vue sous cet angle, l’ambitieuse saga présente également un aspect philosophique des plus passionnants. Conquise au bout du compte, je demeure cependant au moins aussi dévastée que fascinée par cette série hors normes et je ne préfère donc pas me l’infliger les soirs de blues. Mais je ne peux pourtant que la conseiller, très vivement, aux personnes moins sensibles que moi.
Vous voilà prévenus…

…they are here !soyez-fous_clem-macdonald-played-by-paul-copley-pola

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Filed in: Séries Télé / TV-Shows • Tuesday, September 8th, 2009

Comments

Ca donne vraiment envie de regarder! Et devant cette belle prose, je ne sais pas si je serais capable d’en faire autant..
Bravo pour ce très bon article ;)

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Et merci à toi de l’écrire, je suis bien de ton avis et suis ravi qu’il te plaise ! :-)
Cet article est le premier d’un rédacteur “invité” sur Soyez Fous ! (une rédactrice dans le cas présent) et j’ose espérer que d’autres -du même acabit- viendront les rejoindre prochainement. Que ta modestie et tes honorables incertitudes sur tes capacités ne t’empêchent d’ailleurs en rien de proposer le tien à l’occasion sur un sujet de ton choix par le biais d’un mail à reagir@soyezfous.com ! (en attendant la mise en place d’un canal plus spécifique pour cela…)
En effet si je suis loin d’être enclin à tout accepter, je m’efforce d’être extrêmement ouvert à la différence et suis enclin à la collaboration amicale pour sa rédaction, si besoin était… voilà qui est écrit, pour toi comme pour ceux qui liront ce commentaire.
Pour ce qui est de Torchwood, si les propos de Lady Vany, sont très orientés par sa lisible sensibilité, ils traduisent néanmoins très bien les qualités intrinsèques de la série et -en fan avoué- je ne saurais trop recommander de l’essayer. Le maitre mot demeurant “liberté”, cet inhabituel cocktail britannique et Spin-off de Doctor Who nous prouve (avec bonheur) que l’on peut -avec du talent- faire, même en 2009, du divertissement de qualité pour les heures de grande audience. “Oui mais tout le monde n’est pas la BBC !” pourrais tu alors rétorquer et je rejoindrai volontiers ton point de vue. Il est vrai que nos amis britanniques présentent, depuis des décennies, une vraie culture en matière de séries TV de qualité (The Avengers, The Prisoner, Space 1999, Black Books et tant d’autres…) et leur(s) chaine(s) nationales sont d’une exigence mais aussi d’une ouverture d’esprit rare. Mais il n’en demeure pas moins que pour pérenniser l’expérience, une audience correcte est nécessaire et Torchwood, en trouvant son public, prouve bien qu’il reste des neurones et une envie de les exploiter chez de nombreux spectateurs !
Que tous les dealers de fictions abrutissantes du monde puissent en prendre de la graine et nous offrir, à l’avenir, plus d’originalité et de sensibilité dans leurs créations plutôt que d’énièmes hachis Parmentier et remakes insipides de bonnes idées… d’avant-hier ! :-)
A bientôt, j’espère…

 

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