Le Sampler: L’auditeur de Là-bas…

Là-bas si j’y suis sur France Inter fête ses 20 ans cette année et, bien campée sur ses 4400 émissions, constitue un objet qu’il faut bien qualifier d’à part dans le paysage socio-médiatique français. Née sous les atours d’une émission de voyage (intérieur ou lointain) au regard différent, ce désormais bastion radiophonique du reportage et du journalisme est aussi, notamment aujourd’hui par le biais d’un véritable réseau social, le continent d’origine d’un poil à gratter souvent qualifié, hâtivement et donc de manière réductrice, d’altermondialiste. En vérité, sous des dehors protéiformes qui rassemblent et unissent en un regard le particulier et l’universel, le propos d’origine demeure vivace depuis deux décennies, et malgré la rougeur parfois -reconnaissons le avec amitié- un peu déprim-usante des propos de son capitaine (oohh, mon capitaine) il répond toujours, avec insolence et malice à son cri de ralliement originel :
« Se mêler de ce qui ne nous regarde pas alors qu’on nous demande rien»
Pareil programme de la part d’un rescapé du Titanic, habitué de surcroit aux grivoiseries délicieuses*, ne pouvant bien entendu qu’avoir le respect de la modeste bannière -en juteuse fripe de camisole- de Soyez Fous !

Je ne vous cacherai donc pas, en une hypocrisie déplacée, ma sympathie pour (le journaliste, reporter, écrivain, producteur) Daniel Mermet mais, après quelques inquiétudes au sujet de l’émission évoquées ici même dans un précédent Sampler, j’aimerai célébrer -avec bonheur- l’anniversaire et l’existence, mais pour combien de temps encore, de ce refuge citoyen. Mais d’un oeil rassurant puisque la question se posait déjà il y dix ans, tandis qu’à l’occasion de la parution du livre Carnets de Route nous célébrions la moitié de ce parcours ! A l’époque, en « bon petit soldat » intimidé, j’avais consciencieusement partagé une rencontre avec Mermet dans une Fnac de province et m’était offert à cette occasion mon plus joli trac professionnel en lui renvoyant la balle lors d’une discussion publique afin d’évoquer son parcours et celui de l’émission. Mais, à cette époque, alors que j’endossais tant bien que mal ce rôle de faire valoir (bien superflu avec lui mais gentiment flippant et agréable pour moi) ne s’était pas encore développé le rituel du Répondeur, les Cafés repères, le Podcast et la large circulation des archives de l’émission qui ont tissé depuis un fraternel (et conséquent) maillage des auditeurs. Une véritable tribu qui prolonge aujourd’hui, bien au-delà de l’émission, les rencontres, discussions et réflexions autour des thèmes évoqués.

En 2000 nous évoquions encore ensemble la série de reportages sur le Rwanda ou la Soucoupe de Jean-Claude Ladrat et Daniel se montrait alors extrêmement réservé et critique sur le « phénomène internet ». Mais nous n’en étions qu’à une étape -majeure mais symbolique- de ce qu’il faut bien voir maintenant comme la “mouvance” de Là-bas et, 2200 émissions plus loin, on ne saurait trop espérer que ce terreau fertile à une approche plus humaine de notre monde puisse encore poursuivre longtemps sa mission (voire quasi-quête) en continuant à alimenter d’aussi riche manière notre changement climatique mental ! Aujourd’hui donc, et sans pour autant servir la soupe aveuglément mais en assumant mon adhésion totale a cette forme de radio, je me permets donc de relayer dans notre Sampler (disponible en page HOME, archives et présentation ICI) une des plus jolies et intéressantes fleurs que peut faire pousser la démarche de Là-bas. Et cette fois… nous y sommes !

Extrait sonore correspondant audible ICI, via le Widget « Le Sampler »
Traditionnellement donc, l’émission s’ouvre depuis quelques années déjà par la séquence « répondeur » où les oubliés du micro, adversaires ou sympathisants, viennent faire l’offrande de leurs commentaires, témoignages ou annonces et c’est sur ce répondeur que l’anonyme mais brillant auditeur –habitué des lieux- que nous mettons à l’honneur a déposé cette réflexion le 7 septembre 2009, avec une juste simplicité frappée au coin du bons sens ! Deux toutes petites minutes nées de son quotidien pendant lesquelles il n’est guère difficile d’occulter les pseudo brillantes analyses des gourous médiatiques fashion pour préfèrer la juste évidence de son propos. Sur l’état du politique et du médiatique ici bas alors que le ballon planétaire va nous pêter au nez et qu’on se contente pourtant d’agiter sous celui ci, l’éternelle (mais, malheureusement, toujours efficace) réponse reine du contrôle social : “du pain et des jeux” certifiée depuis les romains ! L’auditeur de Là-bas cible ici, et joliment, l’aveuglement pathologique d’une prétendue info rendue ici pathétique par l’omniprésence de la prospère multinationale, opium du peuple et quasi religion du… Foot ! Et épingler ainsi cette arme fatale de diversion massive qu’est le ballon rond pour les politiques et marchands de tapis de tous poils nous offre une parfaite illustration du fait que Là-bas s’y j’y suis, en donnant la parole aux modestes mais géniaux, leur offre également un accès constructif à un des derniers refuges vivaces des utopies. Que pareillle “réserve naturelle d’humanisme” soit préservée est notre voeu le plus cher et ce Sampler un hommage-pladoyer pour la survie d’une radio… libre ! Qui parle et vit, comme nous devrions toutes et tous pouvoir le faire…
un drapeau noir sur la marmite !

Et pour vous permettre de découvrir, redécouvrir ou participer vous aussi à l’élan de Là-bas si j’y suis, vous trouverez ici bas quelques liens essentiels à l’aventure. A consommer sans modération…
- Le site de Là-bas si j’y suis sur France Inter ICI
- Les archives officielles de l’émission LA
- Là-bas.org, le site non-officiel qui propose les archives de l’émission depuis 2001 et différentes rubriques liées (bibliotheque, etc.) ICI
- La carte des repères de Là-bas s’y j’y suis LA
- Et le film “Chomsky et Cie” ICI
Sans oublier, le numéro du Répondeur de Là-bas s’y suis… ou nous nous entendrons peut être un jour:
01 56 40 37 37
Post-Scriptum
Pour finir sur un grand écart absurde et que puisque sous sa modeste devise Quand les mots se tarissent, les maux se répandent, Soyez Fous ! a entre autres pour vilain travers (assumé) de faire cohabiter le grand cru et la pacotille dans le shaker improbable de son cocktail mental, c’est non pas à Pierre Bourdieu ou à Noam Chomsky que je souhaite offrir la conclusion de cet hommage à la libre conscience et au journalisme qui dérange. Et pas davantage a ma philo de comptoir…
…mais à Kamini !
Et j’entends déjà les rires sur l’absurdité, la facilité ou le ridicule de la cabriole mais le cancre plumitif que j’assume être vous assure pourtant que c’est sans confondre les genres que je propose ici en point d’orgue la pensée (profonde ?) du rappeur du rappeur de Marly Gomont ! Puisque que du dérisoire comme du commercial peuvent naitre parfois de sains sourires issus d’un juste effet miroir, le plaisantin, tout Kamini qu’il est et sans faire semblant de voler plus haut qu’affiché, brosse tranquillement avec son « Parce qu’on est cons » un tableau-vérité où on ne peut QUE reconnaitre et se reconnaitre. A essayer d’autant plus s’il vous indiffère habituellement, et cela même si une ou deux écoutes suffisent, pour se deviner dans le paysage ! Tant nous en sommes forcément, chacun(e) à notre heure… moi le premier !
Sortie de l’album: 27 novembre 2009
* Bienvenue à bord du Titanic était une émission comique avec entrée gratuite si on venait avec des palmes ou un égouttoir sur la tête et a suivi l’émission La coulée douce qui, elle, reposait sur des récits érotiques










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